Le sourire de Simon n’a pas disparu tout de suite.
Il a simplement cessé de paraître naturel.
À quelques mètres de nous, Stella venait de quitter la table d’honneur.
Les invités se poussaient discrètement pour lui laisser passer, fascinés par cette scène qui n’avait rien à voir avec les discours préparés, les fleurs ou le champagne.
Moi, je n’entendais presque plus la musique.
Je sentais seulement la main de Dominic posée derrière mon dos et le papier de l’enveloppe sous ma paume.
« Vous n’êtes pas la personne à qui elle doit des explications », venait-il de dire à Simon.
Simon a dégluti.
« Je connais Finley depuis cinq ans.
»
Dominic n’a même pas cligné des yeux.
« Et vous pensez que cela vous donne encore des droits sur elle ? »
Un murmure a traversé les tables voisines.
Simon a tenté de rire.
« Je veux seulement m’assurer que tout va bien.
»
« Tout va très bien.
»
Dominic a resserré son bras autour de moi.
« Ma femme n’a jamais été aussi bien.
»
Le mot femme m’a traversée comme une décharge.
C’était un mensonge.
Et pourtant, à cet instant, j’aurais voulu qu’il soit vrai.
Pas à cause de Dominic.
À cause de la sensation nouvelle et presque vertigineuse de ne plus être la personne abandonnée au fond de la salle.
Pour la première fois depuis des mois, Simon n’était pas celui qui occupait tout l’espace.
Il devait nous regarder.
Il devait se demander qui était cet homme.
Il devait supporter de ne pas contrôler la conversation.
Puis Stella est arrivée.
Son visage avait changé.
Elle n’avait plus le sourire impeccable de la cérémonie.
Elle regardait Dominic, puis moi, puis l’enveloppe que mes doigts tentaient de dissimuler sous la nappe.
« Finley », a-t-elle dit.
Sa voix était basse.
« Qu’est-ce que tu fais ici ? »
J’ai failli répondre : exactement la même chose que toi.
Je découvre quelque chose que je n’aurais jamais dû découvrir.
Mais Dominic m’a devancée.
« Elle est invitée.
»
Stella a ignoré sa remarque.
« Tu ne devrais pas avoir ce document.
»
Le silence est tombé d’un seul coup.
Simon s’est tourné vers elle.
« Quel document ? »
Elle s’est figée.
Une seconde.
C’était suffisant.
J’ai sorti l’enveloppe de sous la table.
Le papier tremblait entre mes doigts.
« Celui-ci ? »
Simon est devenu livide.
Dominic s’est légèrement redressé.
Les trois hommes à l’entrée n’avançaient toujours pas, mais ils ne regardaient plus personne d’autre.
Ils regardaient Dominic.
Et ils attendaient.
« Finley, donne-moi ça », a dit Simon.
« Pourquoi ? »
Il n’a pas répondu.
J’ai regardé le document.
C’était un acte notarié.
Au milieu de plusieurs paragraphes juridiques, une phrase m’a frappée : le transfert d’une propriété était subordonné à une clause précise concernant mes droits.
Je me souvenais de cette maison.
Simon avait passé des mois à me dire qu’elle appartenait exclusivement à sa famille.
Un vieux manoir sur la côte, transmis depuis deux générations.
Lorsque nous étions encore ensemble, il me demandait parfois de l’aider à trier des papiers concernant les travaux, les assurances et les taxes.
Je ne m’étais jamais demandé pourquoi mon nom apparaissait dans certains dossiers.
J’avais cru à une erreur administrative.
La dernière ligne du document disait le