La voix de mon père résonnait encore dans la salle lorsqu’il comprit que personne ne le regardait plus comme un père inquiet.
On le regardait comme un homme qui devait désormais s’expliquer.
La femme à la mallette noire resta debout près de la greffière.
Elle s’appelait Claire Bennett, enquêtrice spécialisée dans les fraudes liées aux successions et aux tutelles.
À côté d’elle se trouvaient deux agents du bureau du procureur du comté.
Mon père se leva brusquement.
« Je ne comprends pas ce cirque.
»
La juge Morrison releva la tête.
« Asseyez-vous, monsieur Walter.
»
« Mais Votre Honneur— »
« Maintenant.
»
Il se rassit.
Pour la première fois depuis mon arrivée au tribunal, ses mains tremblaient réellement.
Pas pour jouer.
Pas pour émouvoir mes tantes.
Elles tremblaient parce qu’il venait de reconnaître les documents posés devant la greffière.
Claire ouvrit son dossier.
« Nous avons été contactés il y a quatre semaines concernant plusieurs documents déposés ou préparés dans le cadre de la succession de madame Evelyn Rati.
Trois signatures attribuées à sa petite-fille, mademoiselle Rati, ont fait l’objet d’une expertise.
»
Mon père se tourna vers moi.
Son regard disait : tu as fait ça ?
Je soutins ses yeux sans répondre.
L’avocat de mon père se pencha vers lui.
« Walter, de quelles signatures parle-t-elle ? »
Il murmura quelque chose que je n’entendis pas.
L’avocat se recula.
Ce simple mouvement fut plus révélateur que n’importe quel discours.
Claire poursuivit.
« La première signature figure sur une autorisation de consultation financière.
La deuxième sur une demande de modification temporaire concernant un compte lié à la succession.
La troisième sur une déclaration selon laquelle mademoiselle Rati aurait volontairement accepté que son père supervise certaines opérations financières en raison de difficultés cognitives.
»
Ma tante Linda porta une main à sa bouche.
« Mais Walter nous avait dit qu’elle avait signé… »
Mon père se retourna.
« Linda, tais-toi.
»
Toute la salle entendit.
La juge aussi.
Deux ans plus tôt, après la mort de ma grand-mère, personne ne parlait encore d’incapacité mentale.
Ma grand-mère Evelyn avait toujours été organisée.
Elle avait dirigé pendant près de trente ans une petite société immobilière devenue étonnamment prospère.
Elle ne portait presque jamais de bijoux, conduisait une voiture vieille de douze ans et coupait les coupons de réduction dans les journaux.
La plupart de mes cousins pensaient qu’elle vivait confortablement.
Très peu savaient qu’elle était devenue multimillionnaire.
Mon père, lui, le savait.
Il l’avait découvert plusieurs années avant sa mort.
Et son comportement envers elle avait immédiatement changé.
Il lui apportait des repas.
L’appelait tous les jours.
L’accompagnait chez le médecin.
À Noël, il insistait pour s’asseoir près d’elle.
Cela aurait pu passer pour de la tendresse si je n’avais pas surpris un soir une conversation dans la cuisine.
« Tu devrais simplifier tout ça », lui avait-il dit.
« À ton âge, gérer plusieurs comptes n’a aucun sens.
Je peux m’en occuper.
»
Ma grand-mère avait répondu sans lever les yeux de sa tasse :
« Walter, le jour où je te demanderai de t’occuper de mon argent, vérifie que je respire encore.
»
J’avais étouffé un rire.
Mon père ne m’avait pas pardonné.
À la lecture du testament, il découvrit que ma grand-mère m’avait laissé la plus grande