« Vous auriez dû la laisser mettre son essence.
»
La phrase de Graham tomba dans le silence de la station-service au moment précis où les premières lumières rouges et bleues apparurent au bout de la route.
Natalie resta une main posée sur la poignée de sa Honda, incapable de décider si elle devait monter immédiatement ou attendre.
Une minute plus tôt, elle aurait tout donné pour pouvoir partir.
Maintenant, quelque chose dans le visage du caissier lui disait que le danger n’était peut-être pas terminé.
Le jeune homme venait de sortir du magasin avec son téléphone à la main.
« La plaque correspond », répéta-t-il.
L’homme tatoué se retourna brusquement vers le pickup bleu.
Son changement d’attitude fut presque invisible, mais Graham le vit.
Ses épaules, auparavant détendues, s’étaient raidies.
Son sourire avait disparu.
L’un de ses compagnons fit un pas vers la portière passager.
Deux motards se déplacèrent aussitôt.
Ils ne le touchèrent pas.
Ils se contentèrent de se placer entre lui et le véhicule.
« Personne ne touche à rien », dit Graham.
Sa voix n’était ni forte ni menaçante.
C’était précisément ce calme qui semblait déstabiliser les quatre hommes.
Le tatoué ricana.
« Vous vous prenez pour des flics maintenant ? »
« Non », répondit Graham.
« C’est pour ça qu’on les a appelés.
»
Natalie tourna les yeux vers lui.
Elle comprit alors que le bref appel qu’elle avait vu n’avait pas été son unique geste.
Après avoir contacté les Iron Mesa Riders, Graham avait aussi demandé au caissier, par un signe discret, d’appeler les autorités et de vérifier les caméras.
La première voiture de police entra sur le parking quelques secondes plus tard.
Elle s’arrêta derrière le pickup bleu.
Un agent descendit, une main près de sa ceinture, tandis qu’un second sortait du côté passager.
« Tout le monde reste où il est », ordonna le premier.
Le tatoué leva immédiatement les mains.
« Officier, ces types nous encerclent.
On n’a rien fait.
»
Graham ne répondit pas.
Natalie non plus.
Le policier regarda d’abord les motards, puis la jeune femme près de la Honda.
« Madame, ça va ? »
Natalie ouvrit la bouche, mais sa voix sortit plus faible qu’elle ne l’aurait voulu.
« Je crois.
Ils… ils se sont mis autour de moi.
L’un d’eux bloquait ma portière.
Un autre a essayé la poignée arrière.
»
Le regard de l’agent changea.
« Lequel ? »
Elle désigna les hommes.
Le tatoué intervint aussitôt.
« Elle dramatise.
On lui parlait, c’est tout.
»
Le policier leva une main.
« Je ne vous ai pas posé de question.
»
Le caissier s’approcha.
« Monsieur, j’ai les images.
Les caméras prennent toute la zone des pompes.
Et j’ai vérifié la plaque comme il me l’a demandé.
»
Il désigna Graham.
« Il y avait une alerte partagée cet après-midi entre plusieurs commerces du secteur.
Même modèle de pickup, même couleur, plaque presque identique.
»
Le deuxième policier s’approcha du véhicule et lut les caractères sous la lumière du parking.
Il les transmit par radio.
L’attente ne dura que quelques secondes.
Pour Natalie, elle sembla beaucoup plus longue.
Puis la réponse arriva.
Le véhicule n’était pas signalé volé.
Mais il avait été mentionné dans deux incidents récents sur des routes secondaires à l’ouest d’Amarillo.