Dans les deux cas, des automobilistes seules avaient déclaré avoir été suivies après un arrêt dans une station-service.
Aucune plainte n’avait encore permis d’établir une infraction grave.
Les descriptions restaient imprécises.
Mais le pickup bleu et quatre hommes revenaient dans les deux témoignages.
Natalie sentit le froid lui parcourir les bras malgré la chaleur de la nuit texane.
Elle pensa à la manière dont le tatoué lui avait demandé où elle allait.
À l’homme qui avait touché sa poignée arrière.
À celui qui s’était placé près du tuyau d’essence.
Ce qui quelques minutes plus tôt pouvait encore être présenté comme de la maladresse ou une plaisanterie déplacée prenait soudain une dimension différente.
« On veut voir les vidéos », dit le premier policier au caissier.
Ils entrèrent dans le magasin.
Un agent resta dehors avec les quatre hommes pendant que Natalie attendait près de Graham et des autres motards.
Pour la première fois, elle regarda réellement ceux qui étaient venus.
Ils n’avaient rien d’une armée improvisée.
Certains portaient encore leurs vêtements de travail sous leurs vestes.
Un homme avait des traces de graisse sur les mains.
Un autre portait des lunettes rectangulaires et avait probablement dépassé soixante ans.
La femme aux cheveux gris s’approcha de Natalie sans franchir la distance qui pouvait la mettre mal à l’aise.
« Tu veux de l’eau ? » demanda-t-elle.
Natalie hocha la tête.
La femme lui tendit une bouteille prise dans une sacoche de moto.
« Je m’appelle Mara.
Tu n’as rien à nous expliquer maintenant.
Bois juste un peu.
»
Natalie réalisa qu’elle tremblait en essayant d’ouvrir le bouchon.
Mara ne fit aucun commentaire.
Graham, lui, surveillait toujours les quatre hommes.
L’un d’eux semblait de plus en plus nerveux.
« On peut partir ou quoi ? » demanda-t-il au policier.
« Non.
»
« On n’est pas arrêtés.
»
« Et je ne vous ai pas dit que vous l’étiez.
Je vous ai dit de rester là pendant qu’on vérifie ce qui s’est passé.
»
Le tatoué soupira avec ostentation.
« Tout ça parce qu’on a parlé à une fille ? »
Natalie releva la tête.
Cette fois, elle répondit elle-même.
« Vous ne m’avez pas seulement parlé.
»
Les quatre hommes la regardèrent.
Sa voix tremblait toujours, mais elle continua.
« Vous avez entouré ma voiture.
Vous m’avez demandé où j’allais.
Vous avez bloqué ma portière.
Et votre ami a essayé d’ouvrir la porte arrière.
»
Le tatoué sourit de nouveau, mais son sourire semblait forcé.
« Tu vois ? Aucun crime.
»
Graham tourna les yeux vers lui.
« Peut-être.
C’est pour ça qu’il y a des caméras.
»
Quelques minutes plus tard, le policier ressortit du magasin.
Il ne regardait plus le groupe de la même façon.
Il fit signe à son collègue.
« Sépare-les.
»
Le tatoué protesta aussitôt.
« Pour quoi ? »
« Parce que la vidéo montre plus que ce que vous venez de raconter.
»
Le caissier avait remonté l’enregistrement jusqu’à l’arrivée du pickup.
La caméra installée au-dessus de la porte offrait un angle large sur les pompes.
On y voyait clairement Natalie sortir de sa Honda et insérer sa carte.
Trente secondes plus tard, le pickup bleu entrait dans la station.
Il ne se garait pas immédiatement devant une pompe libre.
Il ralentissait derrière