s’est passé.
»
Je sentis la main d’Ava se glisser dans la mienne.
Je la serrai.
J’aurais pu éprouver de la satisfaction.
À cet instant, je n’en ressentais aucune.
J’étais surtout fatiguée.
Fatiguée de constater que ma parole avait été ignorée jusqu’au moment où mon nom était devenu important pour quelqu’un.
Diane se pencha légèrement vers moi.
« Madame Brooks, je suis désolée.
Nous allons vous trouver une solution alimentaire appropriée dès que possible.
»
« Merci », répondis-je.
« Mais avant cela, j’aimerais que vous sachiez exactement ce qui s’est passé.
»
J’ai raconté la scène sans embellir un mot : la question sur le sac, mon explication, le refus de Lauren d’écouter, le repas jeté, sa remarque selon laquelle j’attendrais Los Angeles, puis le formulaire qui prétendait que j’avais refusé un repas proposé.
Lauren interrompit deux fois.
Diane lui demanda deux fois de me laisser finir.
Lorsque j’eus terminé, Camille parla à nouveau depuis le téléphone.
« Maman, tu as l’enveloppe avec toi ? »
Je regardai l’objet bleu nuit posé sur mes genoux.
« Oui.
»
Ava avait voulu que j’attende avant de l’ouvrir.
Je compris maintenant pourquoi.
J’en sortis un dossier de quelques pages portant l’en-tête de Horizon Air Holdings.
Lauren fixa le logo.
« Ce n’est pas possible », murmura-t-elle.
Ce document n’était pas un titre magique donnant à sa propriétaire le droit de faire licencier quelqu’un sur-le-champ.
La réalité fonctionne rarement ainsi.
C’était peut-être plus gênant encore.
Trois jours auparavant, le conseil d’administration m’avait demandé de reprendre, à titre temporaire, la présidence du comité indépendant chargé d’examiner les politiques de traitement des passagers vulnérables.
J’avais occupé cette fonction pendant douze ans avant de prendre ma retraite.
La réunion de Los Angeles devait officialiser mon retour pour une mission de six mois.
Dans mon enveloppe se trouvaient la lettre de nomination et le dossier préparatoire de la première réunion.
Le premier sujet à l’ordre du jour concernait justement les procédures liées aux besoins alimentaires médicaux et religieux.
Je posai la lettre sur ma tablette.
Diane lut mon nom, puis la fonction inscrite dessous.
Son visage changea.
« Madame Brooks… »
Je levai doucement une main.
« Je ne veux pas que vous me traitiez différemment parce que ce papier existe.
C’est même tout le contraire.
»
Je me tournai vers Lauren.
Elle avait perdu la rigidité arrogante qui accompagnait chacun de ses gestes depuis le début du vol.
« Ce matin, vous pensiez que j’étais simplement une vieille femme qui ne pourrait rien faire.
C’est cette partie-là qui m’intéresse.
»
« Je n’ai jamais pensé ça », répondit-elle immédiatement.
Ava regarda son téléphone.
Elle n’eut pas besoin de parler.
La vidéo existait.
Le passager du 2C leva légèrement le sien.
Une seconde vidéo existait aussi.
Lauren comprit.
Elle changea de défense.
« J’appliquais ce que je croyais être la politique.
»
Diane fronça les sourcils.
« Quelle politique ? »
Lauren hésita.
« Concernant les aliments extérieurs en première classe.
»
« Il n’existe aucune politique interdisant systématiquement aux passagers d’apporter leur propre nourriture », répondit Diane.
« Et certainement aucune qui autorise un membre d’équipage à saisir puis jeter un repas sans évaluation de sécurité.
»
Lauren ne répondit pas.
Camille intervint : « Diane, demandez-lui le numéro de procédure sur lequel elle dit