Evelyn ne me laissa pas le temps de poser une deuxième question.
« Lydia, écoutez-moi attentivement.
N’envoyez aucun document à Grant.
Ne confrontez pas Sabrina.
Et surtout, ne dites pas à Bennett que vous connaissez le résultat du test.
»
Je restai debout dans ma cuisine, le téléphone collé à l’oreille, face à cette invitation dorée qui, dix minutes plus tôt, m’avait simplement paru cruelle.
Elle ressemblait maintenant à la première pièce d’un mécanisme beaucoup plus vaste.
« Pourquoi Bennett ? » demandai-je.
À l’autre bout de la ligne, j’entendis Evelyn déplacer des papiers.
« Parce que la paternité n’est pas le seul lien entre lui et ce dossier.
»
« Quel dossier ? »
« Celui que Grant aurait dû vous communiquer pendant votre divorce.
»
Je sentis immédiatement la juriste en moi prendre le dessus sur la femme humiliée.
« Des actifs dissimulés ? »
« Oui.
Mais ce n’est pas aussi simple.
Venez à mon bureau demain matin.
Huit heures.
»
« Evelyn— »
« Pas au téléphone.
»
Elle raccrocha.
Au même instant, mon écran s’alluma.
Le numéro masqué venait de m’envoyer une photographie.
Un acte notarié.
Je zoomai.
Le nom de Grant figurait sur la première ligne.
Le mien sur la troisième.
Et l’adresse mentionnée était celle du manoir Waverly, l’immense propriété de Brookline où Sabrina organisait sa baby shower.
Je ne dormis presque pas.
À sept heures quarante-cinq le lendemain, je franchis les portes du cabinet d’Evelyn Shaw avec une copie de mon jugement de divorce sous le bras.
Evelyn était déjà dans une salle de conférence.
Pas de café.
Pas de secrétaire.
Pas de sourire mondain.
Devant elle reposaient trois classeurs gris.
« Fermez la porte », dit-elle.
Je m’assis.
« Qui m’a envoyé ce message ? »
« Je ne sais pas.
»
« Vous avez une idée.
»
Elle soutint mon regard quelques secondes.
« J’en ai plusieurs.
Aucune que je puisse prouver.
»
Elle ouvrit le premier classeur.
« Commençons par votre divorce.
»
Je connaissais mon accord presque par cœur.
J’avais négocié certaines parties moi-même avant de céder la représentation finale à un confrère, précisément parce qu’il était impossible d’être à la fois avocate et épouse trahie sans perdre quelque chose en route.
Grant avait conservé ses participations dans plusieurs sociétés familiales.
J’avais gardé mon appartement, mes comptes personnels et certains placements.
Le manoir Waverly, selon les déclarations fournies à l’époque, appartenait à un trust familial dont Grant n’était que bénéficiaire.
Je n’avais donc jamais réclamé la moindre part.
Evelyn fit glisser une page vers moi.
« Voici ce qui n’était pas dans la copie que votre avocat a reçue.
»
Je reconnus immédiatement le style du document.
Une annexe contractuelle.
Signée deux ans avant notre séparation.
« Pourquoi mon nom apparaît-il là-dessus ? » demandai-je.
« Parce que lorsque le père de Grant a restructuré le patrimoine familial, il voulait empêcher ses fils de vendre certains biens pour couvrir leurs dettes personnelles.
Il a créé plusieurs mécanismes de protection.
Pour le manoir, il a fallu nommer un bénéficiaire de substitution.
»
Je lus la ligne.
En cas de fraude, de dissimulation d’actifs, de violation fiduciaire ou de transfert non autorisé commis par Grant Waverly, l’intérêt de jouissance devait être suspendu.
Le bénéficiaire substitué était son conjoint légal au