Le policier n’avait pas encore fini d’ouvrir l’enveloppe lorsque son collègue lui demanda de reculer.
Le détecteur de monoxyde de carbone venait de se mettre à hurler près de la porte du garage.
Deux pompiers avancèrent immédiatement.
L’un coupa le moteur de notre SUV pendant que l’autre ouvrait complètement la grande porte extérieure.
L’air frais entra avec violence, soulevant quelques feuilles posées sur l’établi de Daniel.
Je restai dans la buanderie, incapable de détacher les yeux de son ordinateur.
La vidéo affichait Isabelle.
Ma belle-sœur.
Elle portait un manteau beige et tenait un sac noir.
La date, visible dans un coin de l’écran, remontait à deux jours.
Elle entrait dans notre garage avec une clé.
Notre clé.
L’agent referma provisoirement l’enveloppe.
« Nous allons emporter tout ça.
Vous devez aller à l’hôpital avec votre famille.
»
« Dites-moi seulement si quelqu’un leur a fait ça volontairement.
»
Il hésita.
« Nous avons suffisamment d’éléments pour envisager cette possibilité très sérieusement.
»
Cette phrase m’accompagna jusque dans l’ambulance.
Chloé recevait de l’oxygène.
Elle avait ouvert les yeux quelques secondes, juste assez pour chercher ma main.
Daniel, lui, ne répondait toujours pas.
À l’hôpital, les médecins confirmèrent rapidement ce que les pompiers soupçonnaient : tous les deux avaient été exposés à une concentration dangereuse de monoxyde de carbone.
Le gaz n’avait aucune odeur.
L’odeur sucrée que j’avais remarquée provenait du diffuseur de cannelle branché dans le couloir, réglé sur une puissance inhabituellement élevée.
Le médecin me dit que j’avais eu de la chance d’arriver quand je l’avais fait.
Je détestai immédiatement ce mot.
La chance n’avait rien à voir avec le visage pâle de ma fille sous un masque à oxygène.
Chloé se réveilla réellement peu après dix-huit heures.
La première chose qu’elle demanda fut :
« Papa va bien ? »
Je serrai ses doigts.
« Les médecins s’occupent de lui.
»
Elle fronça les sourcils comme si elle essayait de remettre de l’ordre dans un souvenir brouillé.
« Tata Isabelle était là.
»
Je cessai de respirer.
« Aujourd’hui ? »
Chloé hocha faiblement la tête.
Elle raconta qu’en rentrant de l’école, elle avait vu la voiture d’Isabelle au bout de notre rue.
Sa tante lui avait fait signe par la fenêtre, mais n’était pas venue jusqu’à elle.
Quand Chloé était entrée dans la maison, Daniel se trouvait déjà dans la cuisine.
Il avait l’air fatigué et lui avait demandé d’ouvrir une fenêtre.
Puis il avait essayé de rejoindre le garage.
Il s’était effondré avant d’y arriver.
Chloé avait appelé avec sa montre parce que son téléphone était dans son sac.
Ensuite, elle ne se souvenait plus de rien.
Je sortis de sa chambre avec les jambes molles.
Deux enquêteurs m’attendaient dans le couloir.
L’un d’eux tenait désormais l’enveloppe brune dans une pochette de preuve.
« Nous devons vous poser quelques questions sur votre belle-sœur.
»
Isabelle était la sœur aînée de Daniel.
Ils n’avaient jamais été particulièrement proches, mais elle avait toujours occupé beaucoup de place dans sa vie.
Après la mort de leurs parents, elle s’était comportée comme si elle était devenue la gardienne de la famille.
Elle organisait les anniversaires, décidait des restaurants, connaissait les codes d’entrée, les habitudes, les horaires.
L’été précédent, lorsqu’un vol annulé nous avait obligés à prolonger nos vacances, elle avait gardé notre