La clé en laiton resta immobile dans la paume de Lorenzo Moretti pendant plusieurs secondes.
Autour de lui, le gala semblait avoir cessé d’exister.
Les conversations s’étaient tues.
L’orchestre avait reçu l’ordre de s’arrêter.
Les invités les plus puissants de Chicago se tenaient à quelques mètres, soudain trop conscients de leurs propres téléphones, de leurs propres alliances et des personnes qu’ils venaient de voir humilier une vieille femme.
Lorenzo regarda sa mère.
Isabella gardait les yeux fixés sur la petite clé que Sophie venait de lui remettre.
« Le tiroir bleu… » répétait-elle à voix basse.
« Quel tiroir, maman ? » demanda Lorenzo.
Isabella secoua la tête.
« Matteo… il disait… pas ce soir… pas devant eux.
»
Sophie sentit le regard de Lorenzo revenir vers elle.
Quelques minutes plus tôt, elle n’était qu’une serveuse anonyme avec des chaussures douloureuses et une paie qui devait servir à acheter les médicaments de son petit frère.
Maintenant, trois cents personnes attendaient de voir ce qu’elle allait dire ensuite.
« Racontez-moi tout », demanda Lorenzo.
Sophie déglutit.
Elle aurait préféré retourner derrière le buffet, prendre son plateau et disparaître.
Mais elle avait déjà franchi la ligne.
Elle expliqua qu’elle avait vu Isabella errer près du vestiaire quelques instants avant l’incident.
Une femme en tailleur sombre s’était approchée d’elle et lui avait parlé doucement.
Trop doucement.
Isabella semblait confuse.
La femme lui avait montré une enveloppe.
Puis elle lui avait demandé de la suivre vers le couloir privé.
Sophie avait trouvé la scène étrange, mais elle n’avait pas imaginé un piège.
Elle avait seulement remarqué que la femme faisait partie de l’entourage de Beatrice.
Quelques minutes plus tard, Isabella était revenue seule dans la salle.
Puis le vin avait été renversé.
Sophie avait vu le petit sac perlé tomber au sol.
L’assistante de Beatrice l’avait ramassé.
Elle aurait pu le rendre.
Au lieu de cela, elle l’avait glissé contre elle avant de rejoindre le vestiaire.
Sophie l’avait suivie du regard.
Elle n’avait pas osé intervenir immédiatement.
Puis elle avait vu quelque chose dépasser du sac : une petite étiquette en carton attachée à une clé.
Elle avait attendu le bon moment pour la récupérer.
« Vous avez donc pris cette clé devant elle ? » demanda Lorenzo.
« Oui.
Je savais que ce n’était pas à moi.
Mais je savais aussi qu’elle ne devait pas disparaître.
»
Lorenzo regarda la clé.
Silas s’approcha.
« Donnez-moi l’ordre, et je fais fouiller le vestiaire.
»
Lorenzo ne répondit pas tout de suite.
Beatrice, elle, retrouva enfin sa voix.
« C’est grotesque.
Cette fille invente tout.
Elle veut de l’argent.
Ou de la publicité.
Ou… je ne sais pas quoi.
»
Sophie sentit les regards se poser sur elle.
Elle avait déjà connu ce genre de regard.
Celui qui disait qu’une femme en uniforme était forcément moins crédible qu’une femme couverte de diamants.
Elle regarda sa robe tachée, puis son propre tablier froissé.
Beatrice sourit faiblement.
« Vous pensez vraiment qu’on va croire une employée temporaire contre moi ? »
Sophie répondit sans hausser la voix.
« Je ne vous demande pas de me croire.
Je vous demande de regarder la caméra.
»
Un frisson traversa la salle.
Le directeur de l’hôtel pâlit.
Il savait qu’il y avait des caméras dans les couloirs et les zones