« Monsieur Moreau, nous devons parler de la signature que vous avez utilisée il y a six semaines.
»
Depuis le haut de l’escalier, j’ai vu le visage de Daniel changer.
Pas de manière spectaculaire.
Il n’a pas reculé, il n’a pas laissé tomber son téléphone.
Chez lui, la peur commençait toujours par quelque chose de plus discret : sa mâchoire se contractait et son pouce frottait l’alliance à son annulaire.
Il faisait exactement cela.
À côté du notaire se tenait un homme d’une cinquantaine d’années, costume sombre, mallette fine à la main.
Derrière eux, la lumière blanche de midi découpait leur silhouette dans l’entrée de notre maison.
La femme venue avec Daniel s’était figée près de la table du salon.
Je la reconnaissais maintenant.
Sophie Delcourt.
Je l’avais déjà croisée deux fois lors de réceptions professionnelles.
Consultante en gestion de patrimoine.
Toujours impeccable, toujours souriante, toujours un peu trop attentive lorsque Daniel parlait.
Je n’avais jamais imaginé qu’elle entrerait un jour chez moi pour m’aider à perdre ce qui m’appartenait.
Daniel reprit immédiatement le contrôle de sa voix.
« Ma femme est en déplacement.
Ce n’est vraiment pas le moment.
»
Le notaire, Maître Laurent, ne bougea pas.
« Votre épouse n’est pas concernée par votre disponibilité, Monsieur Moreau.
Nous sommes ici concernant une tentative de transfert portant sur des actifs de la succession Évelyne Carrel.
»
Daniel pâlit.
Sophie tourna brusquement la tête vers lui.
« Tu m’avais dit que cette succession ne touchait pas la structure.
»
Il lui lança un regard si dur qu’elle se tut.
Je compris alors quelque chose d’essentiel : Sophie connaissait une partie du plan, mais pas tout.
Daniel compartimentait même ses trahisons.
Je descendis une marche.
Le bois craqua légèrement.
Daniel leva les yeux.
Il me vit.
Pendant une seconde, aucun de nous ne parla.
Sa bouche s’entrouvrit.
« Claire ? »
Je descendis lentement, le dossier du notaire serré contre moi.
« Mon vol a été annulé.
»
C’était faux, évidemment, mais je voulais voir s’il me croyait encore assez naïve pour lui offrir une explication simple.
Son regard passa de mon visage au dossier, puis à Maître Laurent.
« Depuis quand es-tu là ? »
« Assez longtemps.
»
Sophie recula d’un pas.
Daniel, lui, adopta immédiatement son ton d’avocat.
Calme, raisonnable, presque blessé.
« Je crois qu’il y a un énorme malentendu.
Sophie m’aide à restructurer certains placements.
Je voulais te faire une surprise en simplifiant nos finances.
»
Je posai le dossier sur la console de l’entrée.
« Une surprise ? »
« Oui.
»
« En retirant mes droits de signature ? »
Son regard vacilla.
« Ce n’est pas ce que tu crois.
»
Maître Laurent ouvrit sa chemise scellée.
« Peut-être pouvons-nous éviter les interprétations.
»
Il sortit plusieurs documents certifiés.
L’homme qui l’accompagnait se présenta alors.
« Antoine Mercier.
Conseil juridique de la fiducie Carrel.
»
Daniel ne répondit pas.
Antoine poursuivit : « Il y a six semaines, une demande de modification de bénéficiaire a été déposée auprès de l’établissement détenant certains actifs de la succession.
Cette demande portait une signature censée être celle de Madame Moreau.
»
Mon estomac se noua malgré tout ce que j’avais déjà compris.
Voir une trahison se dessiner est une chose.
L’entendre décrite dans un langage