se leva avant moi.
Sur le perron se trouvaient une policière et une femme d’une cinquantaine d’années que je connaissais : Nora Jenkins, notre voisine d’en face.
Nora tenait une tablette et une enveloppe.
La veille, au moment où j’avais appelé Marc, il m’avait demandé une chose simple : existait-il la moindre caméra susceptible d’avoir enregistré un élément utile ?
J’avais immédiatement pensé à Nora.
Quelques semaines plus tôt, après plusieurs vols de colis dans la rue, elle avait installé une caméra extérieure à grand angle couvrant son allée et une partie de notre façade.
Elle ne pouvait évidemment pas voir ce qui s’était passé dans notre chambre, mais elle avait enregistré Evelyn allant chercher quelque chose dans le garage peu après minuit, puis revenant avec une petite trousse noire.
Plus important encore, la caméra avait enregistré le son lorsque, après mon cri, Patrick avait ouvert la fenêtre de la chambre pendant quelques secondes.
Le micro avait capté des fragments de voix.
La qualité n’était pas parfaite.
Les mots, eux, étaient suffisamment nets.
La policière entra.
« Madame Samantha Reed ? »
« Oui.
»
« Vous avez signalé un incident ce matin.
J’aimerais prendre votre déclaration et photographier les éventuelles blessures.
»
Patrick posa immédiatement l’ordinateur.
« Attendez.
Vous avez appelé la police ? »
Je le regardai sans répondre.
Evelyn se redressa.
« Pour des cheveux ? C’est ridicule.
Je suis sa belle-mère.
Je lui donnais une leçon.
»
La policière se tourna lentement vers elle.
« Madame, je vous recommande de ne pas présenter cela comme une justification.
»
Pour la première fois depuis mon réveil, Evelyn hésita.
Nora resta près de la porte.
Elle n’avait jamais beaucoup parlé à Evelyn, mais elle avait souvent été témoin de ses remarques lorsqu’elle venait chercher le courrier ou travaillait dans le jardin.
« J’ai apporté la séquence demandée », dit-elle.
Patrick regarda la tablette.
« Quelle séquence ? »
Nora lança la vidéo.
On voyait notre maison dans la lumière jaune d’un lampadaire.
À 00 h 43, la porte latérale s’ouvrait.
Evelyn sortait, traversait quelques mètres jusqu’au garage, puis revenait avec la trousse contenant la tondeuse de Patrick.
Sept minutes plus tard, un cri étouffé traversait la nuit.
Puis une fenêtre s’ouvrait.
La voix d’Evelyn apparaissait, lointaine mais reconnaissable : « Demain, elle démissionne.
»
Ensuite celle de Patrick : « Les cheveux repoussent.
Elle finira par comprendre.
»
La vidéo s’arrêta.
Patrick devint livide.
« Ça ne prouve rien.
»
La policière me demanda la permission d’examiner mon cuir chevelu.
Sous la lumière de la cuisine, elle observa les petites irritations laissées par la tondeuse et une éraflure près de ma tempe, probablement causée lorsque j’avais essayé de relever la tête.
Elle prit des photos.
Evelyn commença alors à changer de stratégie.
« Samantha était ivre », déclara-t-elle.
« Elle est rentrée après une soirée avec ses collègues.
Peut-être qu’elle s’est rasée elle-même et qu’elle essaie maintenant de nous accuser.
»
J’étais presque impressionnée par la vitesse avec laquelle elle avait abandonné sa première version.
La policière la regarda.
« Vous venez de dire que vous lui donniez une leçon.
»
Evelyn ouvrit la bouche, puis la referma.
Marc écrivit quelque chose sur son bloc-notes.
Patrick se passa les mains sur le visage.
« Maman, arrête de parler.