Mais ce jour-là, quelque chose avait changé.
Je n’étais plus seule face à sa version des faits.
« Oui », dis-je.
« Ma belle-sœur m’a frappée au ventre.
»
Brianna explosa.
« Menteuse ! »
Le secouriste n’eut aucune réaction visible.
Il se contenta de noter ma déclaration.
Quelques secondes plus tard, deux policiers arrivèrent.
Ryan était toujours en ligne.
Pendant qu’on m’installait sur un brancard, j’entendis un agent demander à Brianna de ne pas quitter la maison.
Patricia tenta encore de présenter l’incident comme une dispute familiale qui avait dégénéré.
L’autre policier lui demanda simplement de ne toucher à rien.
Puis il vit le dossier sur le comptoir.
« Qu’est-ce que c’est ? »
Personne ne répondit.
Je trouvai la force de lever une main.
« Des documents de transfert bancaire.
Ils sont faux.
»
Le policier regarda Patricia.
« Faux comment ? »
« Signature falsifiée.
Autorisation fabriquée.
Ils voulaient accéder au trust de mes enfants.
»
Brianna éclata de rire, mais le son était sec et nerveux.
« Elle raconte n’importe quoi parce qu’elle me déteste.
»
À cet instant, mon téléphone sonna de nouveau.
Ce n’était plus Ryan.
C’était notre avocat, Daniel Mercer.
L’un des policiers répondit avec mon autorisation et activa le haut-parleur.
Daniel expliqua qu’il avait reçu une alerte automatique quelques minutes auparavant.
Une tentative de retrait avait été effectuée sur le trust familial depuis un appareil qui n’était pas reconnu.
Le système avait conservé l’adresse réseau, les données de connexion et l’heure exacte de la tentative.
Il ajouta surtout une information que Brianna ignorait.
Trois jours plus tôt, quelqu’un avait déjà essayé de télécharger un formulaire de modification des bénéficiaires depuis l’espace client.
L’identifiant utilisé appartenait à Patricia.
Le silence qui suivit fut presque plus violent que les cris.
Patricia pâlit.
« C’est absurde.
J’ai peut-être consulté le compte.
Ryan m’avait demandé des informations.
»
La voix de Ryan claqua depuis l’autre appel toujours ouvert.
« Je ne t’ai jamais demandé d’accéder à ce trust.
»
Un policier demanda aux deux femmes de s’asseoir dans le salon.
Puis les portes de l’ambulance se refermèrent sur moi.
À l’hôpital, tout alla très vite.
Le monitoring montra immédiatement une détresse fœtale intermittente.
Le choc et la rupture prématurée de la poche des eaux avaient déclenché le travail.
Une équipe obstétricale entra dans la chambre, suivie d’un anesthésiste.
Une médecin s’approcha de moi.
« Claire, vos bébés montrent des signes qui nous préoccupent.
Nous allons devoir pratiquer une césarienne en urgence.
»
Je signai d’une main tremblante.
Ryan resta connecté en vidéo jusqu’à ce qu’on m’emmène au bloc.
« Je prends le premier vol », me dit-il.
« Daniel gère tout ici.
Tu ne t’occupes de rien d’autre que d’eux.
»
Pour la première fois depuis l’agression, j’ai pleuré.
Pas à cause de Brianna.
Pas à cause de l’argent.
Parce que je ne savais pas encore si mes enfants allaient respirer.
Sophie naquit la première.
Lucas suivit moins d’une minute plus tard.
Ils étaient petits.
Trop petits.
On les emporta presque immédiatement vers l’équipe de néonatalogie.
Je cherchai un cri.
Celui de Sophie arriva d’abord, faible mais réel.
Puis celui de Lucas.
Je fermai les yeux.
Ils étaient vivants.
Les heures suivantes restèrent floues.
Sophie avait besoin d’aide pour respirer.
Lucas était plus stable, mais les