un angle de caméra supplémentaire.
Richard a compris avant lui.
Ses yeux ont glissé vers l’appareil, puis vers la porte de service, puis vers les serrures électroniques.
Il cherchait déjà une sortie.
Il n’y en avait pas.
Quand j’avais conçu le manoir Aurelius, les magazines avaient parlé de luxe, de verre intelligent, d’acier italien, de jardins suspendus et de marbre rare.
Personne n’avait écrit une ligne sur la vraie architecture du lieu.
La maison était une forteresse douce.
Elle pouvait protéger mes serveurs, mes contrats, ma collection d’art et, si nécessaire, ma vie.
Je n’avais jamais pensé devoir l’utiliser contre mon propre mari.
Deux agents de sécurité sont entrés par l’accès principal après validation à distance.
Marta a ouvert parce que le système le lui a permis.
Derrière eux se trouvait un huissier, petit homme sec, imperméable sombre sur un costume impeccable, tenant une enveloppe rouge portant le sceau du tribunal de commerce.
Il a regardé Richard.
« Monsieur Thorne ? Signification d’une ordonnance conservatoire.
Vous êtes informé que toute tentative d’accès, de transfert, de modification ou de destruction concernant les actifs de Madame Clara Aurelius et d’Aurelius Industries est suspendue avec effet immédiat.
»
Richard a éclaté d’un rire bref.
« Vous n’avez pas le droit d’entrer chez moi.
»
J’ai senti, malgré la douleur, une froide clarté me traverser.
Ma voix est sortie faible, mais nette.
« Ce n’est pas chez toi.
»
Il s’est tourné vers moi avec une haine si nue qu’elle a presque effacé son masque.
« Clara, ne commence pas.
»
Marta m’a aidée à m’asseoir contre les placards.
Chaque mouvement me lançait dans les côtes.
Le froid avait envahi mes muscles, et le goût du sang persistait dans ma bouche.
Mais je pouvais tenir.
J’avais tenu des négociations de vingt heures avec des investisseurs qui voulaient voler mon code.
J’avais tenu face aux banques, aux procès, aux articles qui me traitaient de froide parce que je refusais de sourire en perdant.
Je pouvais tenir quelques minutes devant Richard.
Maître Vasseur a affiché le premier document à l’écran.
C’était l’acte de propriété du manoir.
Richard a levé le menton.
« Je connais ce document.
Clara et moi sommes mariés.
»
« Sous contrat de séparation de biens », a répondu l’avocate.
« Et ce manoir a été acquis cinq ans avant le mariage.
Vous disposez d’un droit d’usage tant que Madame Aurelius vous l’accorde.
Ce droit vient d’être révoqué.
»
Leo a soufflé : « Papa ? »
Ce simple mot a fissuré Richard.
Il voulait être admiré par son fils.
Depuis le début, il avait joué au maître des lieux, au futur veuf puissant, à l’homme patient qui attendait que la malade s’efface.
Or on venait de dire devant tout le monde qu’il n’était qu’un invité toléré.
« C’est une humiliation inutile », a-t-il dit entre ses dents.
« Clara n’est pas en état de prendre ce genre de décision.
»
« Parlons de son état », a dit Maître Vasseur.
Un deuxième document est apparu.
Cette fois, mon estomac s’est serré.
C’était un rapport médical.
Pas le rapport officiel que Richard citait devant le conseil.
Un autre.
Celui que mon oncologue m’avait fait parvenir trois jours plus tôt par canal sécurisé, après avoir remarqué des anomalies dans mes analyses.
Je savais qu’il