Le téléphone de la femme s’est mis à vibrer sur la petite table entre les deux transats.
Personne ne parlait plus.
Autour de la piscine, les conversations s’étaient éteintes une à une.
Même les enfants semblaient avoir compris que quelque chose venait de changer.
Sur l’écran du téléphone, un prénom s’affichait.
Laurent.
La femme l’a regardé sans répondre.
Marc Delcourt, le directeur du complexe, tenait toujours son dossier de séjour à la main.
« Vous devriez décrocher, madame Vernier », a-t-il dit.
Elle a relevé les yeux vers lui.
« Vous avez appelé mon mari ? »
« Oui.
»
« De quel droit ? »
Marc n’a pas haussé la voix.
« Parce que la réservation de la suite est à son nom et que nous devons informer le titulaire avant toute interruption de séjour.
»
Elle a serré les lèvres.
Puis elle a décroché.
« Laurent ? »
Même à quelques mètres, je pouvais entendre une voix masculine parler rapidement dans le combiné.
Son expression a changé presque aussitôt.
« Non, ce n’est pas ce qu’on t’a raconté.
»
Silence.
« Je n’ai agressé personne.
»
Elle a jeté un regard vers nous.
Mia s’était rapprochée de moi.
Je sentais sa petite épaule contre ma hanche.
Je lui ai posé une main dans le dos.
« Tu veux retourner dans la chambre ? » lui ai-je murmuré.
Elle a secoué la tête.
« Non.
»
C’était presque un souffle.
Puis elle a ajouté :
« Je veux savoir pourquoi elle a dit ça.
»
Cette phrase m’a fait plus mal que toutes les insultes de la femme.
Parce que Mia ne demandait pas pourquoi quelqu’un avait pris son transat.
Elle demandait pourquoi son apparence avait suffi à rendre une inconnue cruelle.
Onze jours auparavant, elle avait sonné la petite cloche du service d’oncologie pour marquer la fin de son traitement.
Les infirmières avaient applaudi.
Moi, j’avais pleuré derrière mon masque pour qu’elle ne me voie pas.
Pendant près d’un an, son monde avait été réglé par des bilans sanguins, des perfusions et des rendez-vous dont elle connaissait déjà les noms avant même d’avoir huit ans.
Le complexe devait être sa première respiration hors de cet univers.
J’avais demandé à l’équipe de ne préparer aucun accueil spécial.
Pas de fleurs.
Pas de suite décorée.
Pas de personnel aligné dans le hall.
Je voulais que Mia puisse traverser l’hôtel sans que personne la regarde comme « la fille de la propriétaire » ou « l’enfant malade ».
Je voulais qu’elle soit simplement Mia.
C’était précisément ce que cette femme lui avait refusé.
Madame Vernier a raccroché brusquement.
Son assurance avait disparu, mais pas son agressivité.
« Mon mari arrive », a-t-elle annoncé.
« Et nous allons régler ça.
»
Marc a acquiescé.
« Très bien.
En attendant, permettez-moi de vous expliquer pourquoi cette enveloppe vous a été remise.
»
Il a sorti trois feuilles.
La première était une copie du règlement du complexe.
La deuxième, un rapport rédigé par Julien à partir des images de vidéosurveillance.
La troisième était une notification officielle d’interruption de séjour pour comportement abusif envers d’autres clients et envers un enfant.
Madame Vernier a ri nerveusement.
« Vous allez m’expulser pour une histoire de serviette ? »
« Non », a répondu Marc.
« Pour votre