juge.
La question tomba sèchement.
L’assistante sociale consulta ses notes.
« Lorsque nous avons demandé s’il existait des proches pouvant accueillir les enfants, aucun membre de la famille n’a été identifié.
»
« Madame Alvarez n’est pas un membre de la famille », répondit l’avocate.
« Mais la question n’était pas seulement de trouver un parent biologique.
Elle était de rechercher une solution permettant de préserver la fratrie.
»
Elena prit alors la parole.
« J’ai appelé deux fois.
»
Le visage de l’assistante sociale changea.
« Pardon ? »
« J’ai laissé mon nom et mon numéro deux fois après l’enterrement.
J’ai dit que leur mère m’avait demandé de les aider.
Personne ne m’a rappelée avant cette semaine.
»
L’avocate posa sur la table des captures imprimées de son historique d’appels et un message envoyé par courrier électronique.
La juge les examina sans commenter.
Il ne s’agissait pas d’un grand complot.
Personne n’avait décidé de punir deux enfants.
La réalité était peut-être plus banale et, d’une certaine façon, plus douloureuse : une information avait été mal transmise dans un système débordé, un dossier avait avancé, une case avait été cochée, et deux frères s’étaient retrouvés à quelques heures d’une séparation que personne n’avait réellement souhaitée.
La juge regarda l’assistante sociale.
« J’aimerais que votre service vérifie immédiatement ces démarches.
»
« Bien sûr.
»
Puis elle se tourna vers Ethan.
« J’ai une question pour toi.
»
Il se redressa.
« Si Madame Alvarez venait vivre chez vous temporairement et assumait les responsabilités légales, accepterais-tu de la laisser prendre certaines décisions ? »
La question le surprit.
Depuis la maladie de sa mère, Ethan s’était habitué à tout faire lui-même.
Demander de l’aide lui semblait presque dangereux.
Parce qu’à chaque fois qu’un adulte parlait de l’aider, quelqu’un finissait par parler de prendre Noah.
Il regarda Elena.
Elle ne lui sourit pas pour le rassurer.
Elle ne lui fit aucune promesse spectaculaire.
Elle dit seulement :
« Tu n’as jamais été censé faire tout ça tout seul.
»
Cette phrase brisa quelque chose en lui.
Pendant des mois, tout le monde lui avait dit qu’il était courageux.
Responsable.
Impressionnant pour son âge.
Personne ne lui avait dit qu’il avait le droit d’être fatigué.
Ethan hocha la tête.
« Oui.
»
La juge regarda Noah.
« Et toi, jeune homme ? Tu connais Madame Alvarez ? »
Noah acquiesça immédiatement.
« Elle met trop de poivre dans sa soupe.
»
Un petit rire parcourut la salle.
Même la juge sourit.
« Je vois.
C’est une information importante.
»
« Mais ses biscuits sont bons », ajouta Noah avec sérieux.
Ethan éclata de rire avant de pouvoir se retenir.
C’était le premier vrai rire qui lui échappait depuis des semaines.
Puis l’audience redevint sérieuse.
La juge suspendit la séance afin que les services sociaux vérifient plusieurs éléments : le dépôt de la demande de tutelle, le domicile, l’historique d’Elena, les dispositions financières et la validité des documents laissés par la mère.
Ethan et Noah attendirent dans le couloir.
Noah s’assit sur le sol malgré les chaises vides.
Ethan s’assit à côté de lui.
« Tu crois qu’on rentre à la maison ? » demanda Noah.
Ethan fixa la porte de la salle d’audience.
Il avait passé des mois à promettre des choses