devait rester cinq minutes ou une heure.
Angela finit par le remarquer.
« Vous n’avez jamais passé beaucoup de temps dans un hôpital, n’est-ce pas ? »
« Ça se voit tant que ça ? »
Elle sourit faiblement.
« Vous regardez votre montre toutes les trois minutes, mais vous ne partez jamais.
»
Ethan baissa les yeux vers son poignet.
C’était vrai.
Il avait passé sa vie à mesurer le temps en réunions, en rendements et en échéances.
Dans cette chambre, le temps avait une autre valeur.
Une bonne analyse médicale pouvait transformer une journée.
Une mauvaise pouvait faire disparaître tous les projets d’avenir en quelques secondes.
Un après-midi, Angela lui parla enfin de Lily.
« Elle n’était pas censée travailler », expliqua-t-elle.
« Avant ma maladie, je faisais quelques travaux de couture à domicile.
Quand j’ai été hospitalisée, elle a vu les tissus.
Une commerçante du quartier payait à la pièce.
Lily lui a demandé si elle pouvait continuer à ma place.
»
Ethan serra la mâchoire.
« Cette femme savait qu’elle avait sept ans ? »
Angela hocha la tête.
« Je ne l’ai appris qu’après.
Lily me disait qu’une voisine lui donnait un peu d’argent.
Elle avait peur que je l’empêche de travailler.
»
Ethan se rendit à la boutique avec une assistante sociale contactée par l’hôpital.
Il ne menaça personne et ne transforma pas la rencontre en spectacle.
Il fit simplement en sorte que Lily ne reçoive plus jamais de travail rémunéré illégalement et que la situation soit signalée aux services compétents.
Lorsqu’il revint voir Lily, la vieille machine à coudre avait disparu du salon.
« Où est-elle ? » demanda-t-il.
« Chez madame Ortiz, la voisine.
Maman dit que je pourrai apprendre quand je serai plus grande, si j’en ai envie.
»
Ethan approuva.
« Et qu’est-ce que tu fais à la place ? »
Lily lui montra un dessin.
On y voyait trois personnes devant un immeuble gigantesque.
L’une d’elles, beaucoup trop grande par rapport aux autres, portait une veste noire.
« C’est moi ? » demanda Ethan.
« Oui.
Je n’avais plus de place sur la feuille.
»
Pour la première fois depuis des semaines, il éclata de rire.
Les mois suivants furent difficiles pour Angela.
Certains traitements l’épuisèrent au point qu’elle ne pouvait presque plus parler.
D’autres semaines furent meilleures.
Les médecins restaient prudents, mais les premiers résultats finirent par montrer une réponse encourageante.
Lily retourna régulièrement à l’école.
Une aide fut organisée pour qu’elle puisse être accueillie après les cours lorsqu’Angela devait rester à l’hôpital.
Ethan finança une partie de cette aide, mais il refusa qu’on présente son geste comme un cadeau personnel extraordinaire.
Il créa plutôt, avec l’hôpital et une association locale, un fonds destiné aux locataires confrontés à une crise médicale temporaire.
Il savait désormais qu’une aide dépendant uniquement de son humeur serait fragile.
Il fallait une règle qui fonctionne même lorsqu’il n’était pas là.
Un matin, près de huit mois après sa première visite au 4B, Ethan monta de nouveau les escaliers de l’immeuble.
Ils avaient été repeints.
La lumière fonctionnait.
L’odeur d’humidité avait presque disparu.
Devant l’appartement, il leva la main pour frapper.
La porte s’ouvrit avant même que ses doigts la touchent.
Lily apparut avec un sac d’école sur le dos.
« Vous êtes en