des casiers dans une ancienne gare ferroviaire à vingt minutes de là.
Il y gardait les commandes trop précieuses pour rester à l’atelier.
L’homme en manteau gris a blêmi.
« Tu n’as pas trouvé cette clé.
»
C’était la première fois qu’il avait l’air réellement inquiet.
Je l’ai regardé.
« Si.
»
Noah a compris avant moi.
« Il y a une deuxième copie », a-t-il dit.
J’ai senti mon cœur s’arrêter.
Mon père n’avait pas seulement caché une preuve.
Il avait prévu que quelqu’un chercherait à la détruire.
Et il avait laissé une seconde issue.
Le lendemain matin, nous sommes allés à la gare avec deux voitures.
Noah conduisait.
Je me suis assise à côté de lui sans parler.
Pendant tout le trajet, il n’a pas évoqué la question du petit ami.
Mais juste avant d’entrer dans le bâtiment, il m’a demandé :
« Quand vous avez dit “pas encore”… vous le pensiez vraiment ? »
J’ai tourné la tête vers lui.
« Vous pensez vraiment que c’est le moment ? »
Une ombre de sourire a traversé son visage.
« Non.
Mais maintenant que j’ai découvert que quelqu’un veut vous tuer pour un acte de propriété, j’ai besoin de savoir où j’en suis.
»
« Vous n’êtes nulle part.
»
Il a hoché la tête.
« D’accord.
»
Puis il a ouvert la portière.
« Je préfère encore ça à un mensonge.
»
Le casier de mon père était au fond d’un couloir poussiéreux.
La clé a tourné.
À l’intérieur, il n’y avait qu’une boîte noire.
Aucun argent.
Aucune arme.
Seulement des contrats, des relevés bancaires et un petit magnétophone.
J’ai appuyé sur le bouton.
La voix de mon père a rempli la pièce.
« Celui qui écoute ceci doit comprendre une chose : l’homme qui a détourné la propriété n’a jamais travaillé seul.
Il siège dans le cercle de ceux qui prétendent protéger la famille Moretti.
»
Noah s’est figé.
« Le traître est celui qui contrôle les comptes.
Il a utilisé les dettes de l’atelier pour masquer les transferts.
Son nom est dans le carnet rouge.
»
Noah a ouvert le dossier.
Un carnet rouge se trouvait dessous.
Il l’a parcouru.
Puis il s’est arrêté sur une page.
Un seul nom apparaissait, accompagné de plusieurs dizaines de virements.
Le nom de son propre père.
Pendant quelques secondes, Noah n’a plus ressemblé au capo que tout le quartier craignait.
Il ressemblait simplement à un fils qui venait de découvrir que son héritage reposait sur un mensonge.
L’homme en manteau gris, qui nous avait suivis malgré l’avertissement, a voulu saisir le carnet.
Noah l’a repoussé.
« Qui t’a envoyé ? »
L’homme a serré les dents.
Je pensais qu’il allait se taire.
Il a pourtant répondu :
« Votre oncle.
»
Noah est devenu immobile.
Le silence a duré plusieurs secondes.
Puis il a demandé :
« Mon oncle est mort depuis dix ans.
»
L’homme a baissé les yeux.
« Je sais.
»
Tout s’est enchaîné très vite.
L’oncle n’était pas le commanditaire actuel.
Il n’avait été que le premier maillon.
Quelqu’un avait repris le système après sa mort.
Quelqu’un qui connaissait les comptes, les signatures, les hommes et les habitudes de la famille.
Quelqu’un qui pouvait faire pression sur la banque, falsifier un document et envoyer