qu’elle était montée.
Mais le lendemain, quand Claire avait disparu, Béatrice m’a affirmé qu’elle lui avait seulement parlé du mariage.
Deux jours plus tard, on m’a proposé une promotion et on m’a demandé de signer une déclaration disant que je n’avais rien remarqué d’inhabituel.
»
« Vous avez signé ? »
« Oui.
»
La douleur dans le regard d’Élise fut pire que n’importe quelle colère.
Henri baissa la tête.
« J’avais trente ans.
Deux enfants.
Un prêt.
Et j’ai eu peur.
Je me suis raconté pendant des années que Claire était simplement partie.
»
« Mais vous saviez que ce n’était peut-être pas vrai.
»
« Oui.
»
Élise détourna le regard.
L’officier trouva ensuite une petite cassette dans la boîte.
L’hôtel possédait encore du matériel ancien dans ses archives techniques.
Un lecteur fut apporté.
La voix de Claire remplit la chambre 417.
Elle était jeune, essoufflée, mais déterminée.
« Je fais cet enregistrement parce que Béatrice de Varenne vient de me menacer.
Elle dit que si mon enfant naît et que Gabriel reconnaît sa filiation, les parts placées en fiducie modifieront le contrôle du groupe.
Elle veut que je parte avant le mariage.
J’ai refusé.
»
Un bruit de porte se faisait entendre sur l’enregistrement.
Puis Claire reprenait :
« Si je dois disparaître, ce sera uniquement pour protéger mon bébé.
Pas parce que j’abandonne Gabriel.
»
La bande s’arrêtait après quelques secondes de souffle.
Sabine regarda vers la sortie.
L’un des officiers se plaça légèrement devant la porte.
« Je ne suis responsable de rien », dit-elle.
Élise la regarda.
« Personne n’a dit que vous l’étiez.
»
Sabine comprit son erreur trop tard.
Vignal plissa les yeux.
« Pourtant vous semblez très inquiète.
»
Sabine serra sa pochette contre elle.
« Parce que vous êtes en train de salir le nom de ma famille avec des accusations vieilles de vingt-trois ans.
Ma mère est morte.
Elle ne peut pas se défendre.
»
« Votre mère est morte il y a trois ans », dit Vignal.
« Mais les conséquences financières de ce qu’elle a fait peuvent encore exister.
»
Il sortit la copie de la fiducie.
« Élise n’hérite pas simplement d’une somme.
Si sa filiation est confirmée par une expertise indépendante actuelle, elle devient bénéficiaire d’une participation créée avant sa naissance et administrée depuis par le groupe.
Les revenus non distribués devront être calculés.
»
Marc Valois pâlit à son tour.
« Quelle participation ? »
Vignal annonça le chiffre.
Dix-sept pour cent.
Sabine recula d’un pas.
Dans un groupe familial où aucun actionnaire ne détenait seul la majorité, dix-sept pour cent pouvait bouleverser chaque vote important.
Élise regarda son uniforme gris couvert de poussière.
Quelques heures auparavant, Sabine lui avait expliqué devant cinquante personnes que les filles comme elle ne devaient pas toucher aux choses qui étaient au-dessus d’elles.
À présent, il était possible qu’Élise possède légalement une partie des murs qu’elle nettoyait.
Mais elle ne sourit pas.
« Je veux parler à Gabriel.
»
Vignal acquiesça.
L’appel fut organisé depuis un salon privé.
Gabriel Beaumont apparut à l’écran depuis Montréal.
Il avait soixante-huit ans, les cheveux blancs et un visage marqué par une fatigue ancienne.
Au début, il ne comprit pas.
Puis Vignal plaça la photographie devant la caméra.
Gabriel cessa de parler.