y expliquait avoir découvert des détournements d’argent dans les comptes militaires et soupçonner que plusieurs membres de la cour préparaient sa disparition.
Par précaution, il avait fait placer dans le médaillon de sa fille une copie miniature de son sceau ainsi qu’une instruction : si l’enfant était séparée de ses parents, le bijou devait être remis directement à la Reine Mère.
Mais une ligne intéressa davantage encore le Conseil.
Adrien y mentionnait un registre conservé dans les archives privées du palais.
Un registre contenant les noms et les paiements.
Evelyne fit un pas en arrière.
La Reine Mère le remarqua.
« Où allez-vous ? »
« Nulle part.
»
« Alors restez exactement où vous êtes.
»
Le chancelier envoya deux gardes aux archives.
Pendant leur absence, le docteur Vallery demanda à Lily la permission d’examiner la marque derrière son oreille.
Lily accepta.
Il la regarda longuement.
« La petite princesse Aurore était née avec une marque pigmentaire en forme de croissant à cet endroit précis.
Je l’ai notée moi-même dans son dossier de naissance.
»
Evelyne croisa les bras.
« Une marque peut être imitée.
»
« Celle-ci ne l’est pas.
»
« Vous n’en savez rien.
»
« Si.
»
Le médecin releva les yeux.
« Parce que la marque n’était pas le seul détail consigné.
»
Il demanda qu’on apporte les anciens registres médicaux.
Un secrétaire revint avec une boîte scellée.
À l’intérieur se trouvait le dossier de naissance d’Aurore, intact depuis dix-huit ans.
Le médecin lut plusieurs observations, puis examina les mains de Lily.
Sur le petit doigt gauche, une légère courbure de la dernière phalange était visible.
« Particularité congénitale », expliqua-t-il.
« Notée le lendemain de sa naissance.
»
Les murmures recommencèrent.
La Reine Mère s’approcha de Lily.
Elle ne la toucha pas immédiatement.
« Puis-je ? » demanda-t-elle.
Lily hocha la tête.
La vieille femme prit doucement son visage entre ses mains.
Pendant quelques secondes, elle ne fut plus reine.
Elle était simplement une grand-mère regardant les traits de son fils mort dans le visage d’une jeune femme qu’elle croyait perdue depuis dix-huit ans.
« Tu as ses yeux », murmura-t-elle.
Lily sentit ses propres larmes venir.
« Je ne sais même pas qui je suis.
»
« Alors nous allons le découvrir sans te voler celle que tu as déjà été.
»
Cette phrase fut la première chose de la soirée qui apaisa Lily.
Car elle ne voulait pas que Marcel disparaisse de sa vie simplement parce qu’un document lui donnait un autre père.
Les gardes revinrent enfin des archives.
Ils portaient un registre relié de cuir noir.
Le chancelier l’ouvrit sur la table où, une heure auparavant, des invités avaient posé leurs coupes de champagne.
Les premières pages semblaient banales.
Puis apparurent des versements effectués dix-huit ans auparavant à plusieurs officiers chargés de la sécurité du prince Adrien.
Les paiements provenaient d’un compte contrôlé par un ancien grand chambellan : le comte de Valcourt.
Le grand-père maternel d’Evelyne.
Tous les regards convergèrent vers elle.
« Je n’avais même pas un an ! » cria-t-elle.
« Vous n’allez quand même pas m’accuser de ce qu’un homme mort depuis quinze ans aurait fait ! »
« Personne ne vous accuse du crime de votre grand-père », répondit la Reine Mère.
Evelyne sembla reprendre