« Alors ils savent qu’elle est ici.
»
La phrase de Raimondo Castaldi tomba dans la chambre comme un objet lourd.
Je regardai l’enveloppe ouverte entre ses doigts, puis la photographie qui dépassait encore du papier.
Ma mère y souriait, plus jeune que dans mes souvenirs.
À côté d’elle se tenait Elena Castaldi, la femme dont le portrait dominait le grand salon du rez-de-chaussée.
La mère de Rosalba.
La femme dont personne ne prononçait le nom.
Sur le lit, Rosalba tenait son lapin déchiré contre son ventre.
« Pourquoi Pepe avait une lettre ? » demanda-t-elle.
Personne ne répondit immédiatement.
Raimondo fit signe à Mme Petrov.
« Emmenez Rosalba dans votre chambre.
Et ne la laissez seule sous aucun prétexte.
»
Rosalba fronça les sourcils.
« Mariela vient aussi ? »
Je regardai Raimondo.
Il secoua légèrement la tête.
« Mariela reste avec moi.
»
La petite fille se crispa aussitôt.
Alors je me penchai vers elle.
« Je viens te voir après.
Promis.
»
Elle hésita, puis me tendit Pepe.
Le ventre de la peluche avait été ouvert proprement le long d’une couture ancienne.
Mme Petrov prit le lapin avec précaution et emmena l’enfant.
Dès que la porte se referma, Raimondo changea.
Le père inquiet disparut.
L’homme dont j’avais lu le nom sur mon téléphone reprit sa place.
« En bas.
»
Nous descendîmes dans son bureau.
Deux hommes nous attendaient déjà.
L’un avait posé plusieurs dossiers sur la table.
L’autre parlait rapidement au téléphone.
« Les archives ont été forcées il y a quatorze minutes », annonça le premier.
« Pas de vol apparent.
Celui qui est entré cherchait quelque chose de précis.
»
Raimondo déposa la photographie devant lui.
« Ça.
»
L’homme regarda ma mère, puis Elena.
Son expression changea.
« Où l’avez-vous trouvée ? »
« Dans le lapin de ma fille.
»
Un bref silence suivit.
Raimondo se tourna vers moi.
« Racontez-moi exactement ce que vous savez sur votre mère.
»
« Pas grand-chose.
Elle s’appelait Sofia Spinelli.
Mon père, Marco.
Ils sont morts dans un accident de voiture quand j’avais quinze ans.
Après ça, j’ai été placée dans un établissement tenu par des religieuses.
»
« Qui vous a annoncé leur mort ? »
La question me surprit.
« Un homme des services sociaux.
Une sœur était avec moi.
»
« Avez-vous vu les corps ? »
« Non.
»
« Assisté aux funérailles ? »
Je secouai la tête.
À l’époque, on m’avait expliqué que l’état des corps ne permettait pas une présentation et que les démarches avaient été accélérées parce que nous n’avions pas de famille proche.
Pendant des années, je n’avais jamais remis cette histoire en question.
Maintenant, sous le regard de Raimondo, chaque détail semblait artificiel.
Il poussa vers moi le vieux document découvert le matin même.
Il s’agissait d’un registre de paiement appartenant à Elena.
Le nom de Sofia Spinelli apparaissait plusieurs fois, accompagné de dates et de montants modestes.
À côté du dernier versement, Elena avait écrit à la main : « Pour M.
jusqu’à sa majorité.
Ne jamais passer par V.
»
« M.
», murmurai-je.
Raimondo répondit :
« Mariela, probablement.
»
« Et V.
? »
Personne ne répondit.
L’homme au téléphone raccrocha.
« Patron, Vittorio est en route.
»
Raimondo leva les