La femme aux cheveux gris resta immobile au milieu du restaurant, une main encore posée sur la poignée de la porte.
Son regard venait de suivre un chemin très simple : les éclats de verre sur le sol, l’eau répandue autour de la banquette, la canne jetée dans l’allée, puis l’homme âgé assis face aux six motards.
« Lequel d’entre vous a touché au commandant ? »
Personne ne répondit immédiatement.
Le chef des motards, celui qui avait arraché la canne et renversé le verre, finit par souffler un rire.
Mais le son manquait déjà de conviction.
« Commandant de quoi ? » demanda-t-il.
La femme ne daigna même pas tourner la tête vers lui.
Elle s’avança jusqu’à la canne, se pencha et la ramassa avec précaution.
Lorsqu’elle la tendit au vieil homme, elle utilisa les deux mains, comme si l’objet avait une valeur que les autres n’avaient pas comprise.
« Merci, Claire », dit-il simplement.
Elle acquiesça.
Derrière elle, cinq personnes étaient entrées dans le restaurant.
Aucun uniforme visible.
Aucun geste brusque.
Pourtant, leur façon de se répartir dans la salle fit immédiatement comprendre qu’ils n’étaient pas là par hasard.
Deux restèrent près de la porte.
Une femme se plaça près du comptoir.
Un homme mince posa une mallette noire sur une table vide.
Le dernier observa les six motards comme s’il mémorisait chacun de leurs visages.
Le patron du restaurant, qui tenait encore son téléphone à la main, murmura : « Monsieur… est-ce que je dois appeler la police ? »
Le vieil homme secoua doucement la tête.
« Elle est déjà en route.
»
Cette phrase acheva de tuer les derniers sourires.
Le chef des motards croisa les bras.
« Attendez.
On plaisantait, c’est tout.
»
Le vieil homme regarda la manche trempée de sa veste.
« Vous trouvez ? »
« Personne n’a été blessé.
»
La serveuse, celle qui tenait la cafetière quelques minutes plus tôt, leva soudain la voix depuis le comptoir.
« Il lui a arraché sa canne.
Il l’a poussé contre la table.
Et il lui a dit de ramper.
»
Le motard tourna brusquement la tête.
« Toi, mêle-toi de— »
« Terminez cette phrase », dit Claire.
Elle n’avait pas élevé la voix.
Il se tut pourtant immédiatement.
Le vieil homme reprit enfin sa canne et la posa verticalement entre ses genoux.
« Je leur avais laissé cinq secondes », dit-il.
Claire hocha la tête.
L’homme mince ouvrit la mallette noire.
À l’intérieur se trouvaient plusieurs dossiers, une tablette, deux enveloppes épaisses et une photographie protégée par une pochette transparente.
Ce n’était ni une démonstration de force ni une collection d’armes.
C’était pire pour quelqu’un qui avait des choses à cacher.
C’étaient des preuves.
L’un des motards, plus petit que les autres, fixa l’enveloppe placée sur le dessus.
Un symbole discret était imprimé dans un coin.
Son visage se vida de sa couleur.
« Non », murmura-t-il.
Le vieil homme tourna la tête vers lui.
« Marcus Bell.
»
L’homme recula.
Le chef le regarda.
« Tu le connais ? »
Marcus secoua la tête trop vite.
« Non.
»
Le vieil homme eut presque un sourire.
« Moi, je me souviens de ton nom.
»
Claire sortit un dossier.
« Alors commençons par celui-ci.
»
Le chef fit un