pas vers la table.
L’homme posté près de la porte bougea à peine, mais cela suffit à l’arrêter.
Claire ouvrit le dossier.
« Marcus Bell.
Ancien employé contractuel de Meridian Tactical Logistics.
Licencié il y a trois ans pour falsification de registres de livraison et disparition de matériel.
Aucune poursuite à l’époque, faute d’éléments suffisants.
»
Marcus avala difficilement.
« C’est n’importe quoi.
»
« À l’époque », répéta Claire.
Elle posa sur la table trois photographies.
Le vieil homme n’y jeta même pas un coup d’œil.
Il les connaissait déjà.
Marcus, lui, les fixa longtemps.
La première montrait un entrepôt.
La deuxième, un camion.
La troisième, Marcus devant ce même camion, accompagné d’un homme dont le visage ressemblait étrangement à celui du chef des motards.
Le restaurant sembla rétrécir encore davantage.
« C’est vieux », lâcha Marcus.
Claire referma le dossier.
« Très vieux.
Et ce n’est même pas la raison de notre présence aujourd’hui.
»
Le chef ricana nerveusement.
« Alors vous êtes quoi ? Des détectives privés ? Une espèce de milice ? »
Le vieil homme se leva enfin.
Le mouvement fut lent.
Il s’appuya sur sa canne, non pas avec faiblesse, mais avec la prudence méthodique de quelqu’un dont le corps avait payé le prix de nombreuses années difficiles.
Debout, il n’était pas impressionnant par sa taille.
Mais la pièce changea autour de lui.
« Je m’appelle Daniel Mercer », dit-il.
« Pendant trente-deux ans, j’ai servi dans l’armée.
J’ai terminé ma carrière comme commandant d’une unité chargée de la sécurité logistique et de la récupération de personnel.
Après ma retraite, j’ai fondé Meridian avec deux anciens collègues.
»
Marcus ferma les yeux une seconde.
Le chef, lui, regarda la photographie, puis Daniel.
« Vous êtes le propriétaire ? »
« J’étais le propriétaire opérationnel.
Aujourd’hui, je préside encore le conseil de surveillance.
»
Le motard tenta de récupérer un peu de sa superbe.
« Et alors ? Ça ne vous donne pas le droit de nous séquestrer ici.
»
Daniel regarda la porte.
« Elle n’est pas verrouillée.
»
Le chef suivit son regard.
Effectivement, personne ne bloquait physiquement la sortie.
« Vous êtes libres de partir », poursuivit Daniel.
Personne ne bougea.
Claire se permit enfin un sourire sans chaleur.
« À votre place, j’éviterais cependant de partir avant l’arrivée des policiers.
Deux caméras du restaurant ont enregistré l’agression.
Trois clients ont déjà accepté de témoigner.
Et le propriétaire vient de confirmer qu’il souhaite porter plainte pour les dégâts.
»
Le patron du restaurant acquiesça avec énergie.
« Absolument.
»
Le chef regarda autour de lui comme s’il découvrait pour la première fois les gens qu’il avait terrorisés quelques minutes plus tôt.
Le couple près de la fenêtre le fixait désormais franchement.
La serveuse avait posé sa cafetière et tenait son téléphone devant elle.
Même un adolescent installé au fond de la salle avait commencé à filmer.
Le rapport de force n’avait pas changé parce que Daniel avait amené davantage d’hommes.
Il avait changé parce que tout le monde avait cessé d’avoir peur en même temps.
Le chef s’en rendit compte.
Et il détesta cela.
« Tu as préparé tout ça ? » demanda-t-il à Daniel.
« Tu savais qu’on allait venir ? »
Daniel fronça les sourcils.
« Non.
»
« Alors