Depuis combien de temps ? »
Alessandro ne répondit pas directement.
« Assez longtemps.
»
Cette réponse lui fit plus mal qu’elle ne voulait le montrer.
Pendant qu’elle survivait avec des baguettes rassis et des loyers impayés, quelqu’un possédait peut-être depuis des années des documents capables de laver le nom de son père.
« Vous saviez ? »
« Je savais que le nom Dubois apparaissait dans des archives familiales.
Je ne savais pas que vous existiez.
»
Sophie eut un rire bref, sans joie.
« Pourtant votre famille savait très bien que mon père existait.
»
Avant qu’Alessandro ne réponde, trois coups retentirent contre les portes verrouillées.
L’un des gardes s’y rendit, vérifia la caméra du vestibule puis ouvrit juste assez pour laisser entrer un homme d’une soixantaine d’années, mince, manteau sombre trempé par la pluie, une mallette de cuir attachée à son poignet.
Maître Bellini.
Il fit deux pas dans la salle, aperçut Sophie et s’arrêta net.
Ce fut si bref que presque personne ne le remarqua.
Sophie, si.
« Vous me connaissez », dit-elle.
Bellini regarda Alessandro.
Mauvais réflexe.
Sophie comprit immédiatement qu’elle avait raison.
« Vous me connaissez.
»
L’avocat posa sa mallette sur la table.
« J’ai connu votre père.
»
Elle sentit l’air quitter ses poumons.
« Comment ? »
« Professionnellement.
»
« Ce n’est pas une réponse.
»
Bellini soupira.
« Votre père a travaillé avec Vittorio Moretti sur une opération destinée à identifier un réseau de blanchiment utilisant plusieurs sociétés portuaires européennes.
Officiellement, il devait surveiller les mouvements financiers.
Officieusement, il servait d’intermédiaire.
»
Sophie secoua la tête.
« Mon père était diplomate.
»
« C’est précisément pour cela qu’on l’avait choisi.
Il pouvait traverser des frontières, rencontrer certains responsables et déplacer des dossiers sans attirer la même attention qu’un enquêteur.
»
Alessandro ouvrit la mallette.
À l’intérieur se trouvait un dossier gris épais, maintenu par deux sangles.
Sur la couverture : DUBOIS, ÉTIENNE — CONFIDENTIEL.
Sophie dut s’appuyer sur le dossier de la chaise la plus proche.
Camilla observa la scène, puis Alessandro.
« Et qu’est-ce que cela change ? » demanda-t-elle.
« Son père a quand même été accusé.
»
Bellini la regarda comme s’il venait seulement de remarquer sa présence.
« Il a été accusé parce qu’il a accepté de l’être.
»
Sophie leva brusquement la tête.
« Quoi ? »
Bellini détacha les sangles.
« L’opération a été compromise.
Quelqu’un avait découvert que votre père conservait les preuves originales des transferts.
Vittorio Moretti lui a proposé de quitter New York avec sa famille.
Votre père a refusé tant qu’il ne pouvait pas garantir votre sécurité.
»
« Alors pourquoi a-t-il laissé tout le monde croire qu’il était un voleur ? »
Bellini sortit une lettre.
« Parce qu’une accusation financière était moins dangereuse qu’une exécution.
»
Sophie regarda l’enveloppe jaunie.
Elle reconnut immédiatement l’écriture de son père.
Sa poitrine se serra.
Bellini la lui tendit.
« Elle vous était destinée.
Mais avec une instruction : ne vous la remettre que si le dossier réapparaissait ou si un Moretti vous retrouvait.
»
Sophie fixa Alessandro.
« Vous aviez cette lettre ? »
« Je ne savais pas qu’elle existait », répondit-il.
Bellini confirma d’un mouvement de tête.
Sophie ouvrit la lettre.
Ma Sophie,
Si tu lis ceci, c’est