rien.
Bellini, lui, devint blanc.
« Ce n’était pas seulement le réseau portuaire », murmura-t-il.
Alessandro lui arracha presque le registre des mains.
Au bas de la page figurait un nom que Sophie avait déjà entendu dans les journaux économiques : Russo Holdings.
Elle pensa immédiatement à Camilla.
« Russo ? »
Alessandro ne répondit pas.
Il prit son téléphone.
Avant qu’il puisse appeler, celui de Bellini vibra.
L’avocat lut le message et son expression changea.
« Nous avons un problème.
»
« Lequel ? »
Bellini montra l’écran.
Une photographie prise moins de dix minutes plus tôt circulait déjà auprès de plusieurs contacts : Sophie montant dans la voiture d’Alessandro devant le restaurant.
Sous l’image, un message anonyme : La fille Dubois a retrouvé le registre.
Sophie sentit sa nuque se glacer.
« Personne ne savait que nous venions ici.
»
Alessandro regarda Bellini.
Puis ses gardes.
« Quelqu’un savait pour le dossier avant ce soir.
»
Le trajet de retour ne se fit pas vers le restaurant mais vers un immeuble de bureaux à Midtown appartenant à Moretti Capital.
Dans une salle de conférence du trente-septième étage, Bellini étala les documents, puis appela une spécialiste de la criminalité financière avec qui il travaillait depuis plusieurs années.
À trois heures du matin, la structure apparut enfin.
Étienne Dubois n’avait jamais détourné l’argent.
Il avait découvert qu’une partie des fonds attribués aux Moretti était redirigée à leur insu par une société écran reliée à Carlo Russo, le père de Camilla.
Vittorio Moretti avait découvert la fraude trop tard.
Pour empêcher que Dubois soit éliminé par ceux qui craignaient son témoignage, il avait accepté une stratégie désespérée : laisser croire que le diplomate avait volé l’argent, le discréditer publiquement et cacher les preuves jusqu’à ce que le réseau perde son influence.
Mais Vittorio était mort avant de pouvoir réparer les dégâts.
Et quelqu’un avait continué à s’assurer qu’Étienne Dubois reste coupable aux yeux du monde.
Sophie regardait les relevés bancaires en silence.
« Mon père est mort en pensant que son nom ne serait jamais lavé.
»
Bellini baissa les yeux.
« Oui.
»
Alessandro resta debout près des fenêtres.
« Et ma famille a bénéficié de son silence.
»
Sophie ne lui épargna rien.
« Oui.
»
Le lendemain matin, Carlo Russo arriva au siège de Moretti Capital accompagné de deux avocats.
Camilla était avec lui.
Elle ne portait plus sa robe rouge.
Son tailleur crème et ses lunettes sombres tentaient de restaurer l’image de contrôle qu’elle avait perdue au restaurant.
Quand elle aperçut Sophie assise à la table de conférence, son visage se crispa.
« Elle ? Encore ? »
Carlo Russo, homme massif aux cheveux gris, observa le registre bleu.
Son expression ne bougea pas.
« Une antiquité ne constitue pas une preuve.
»
Bellini poussa plusieurs copies certifiées vers lui.
« Les numéros de comptes correspondent aux archives bancaires.
Les signatures aussi.
»
Carlo haussa les épaules.
« Des signatures se falsifient.
»
Sophie posa alors sur la table une photographie trouvée dans la valise.
On y voyait son père, Vittorio Moretti et Carlo Russo devant un entrepôt du Havre.
Au dos, une date et quatre mots écrits par Étienne : Carlo sait pour Genève.
Le sourire de Russo disparut.
Alessandro le vit.
« Qu’y avait-il à